4 May 2012

Interférences artistiques

Groupe scolaire régional, Treichville, Abidjan, Côte d’Ivoire – 4 mai 2012

l'atelier de peinture d'Ake MuMo les enfants

Lors de l’étape d’Abidjan, après la visite de MuMo, on a remplacé les feutres par des pinceaux. Explorer la matière, mélanger les couleurs, c’est une autre possibilité de prolonger l’expérience artistique des enfants. Emmanuel Kouakou Adou, jeune artiste ivoirien, anime cet atelier.

Dans son enfance, sa grand-mère avait l’habitude de dire qu’en regardant les étoiles, on pouvait tracer des figures. Elle les traçait au sol avec du charbon pour illustrer ses propos. « Le virus » l’a contaminé à l’école primaire. A tout moment, il dessinait. « Nous avions un cahier de leçons avec des frises, je dessinais ces frises et celles de mes camarades ». Au secondaire, Emmanuel, dont « seuls les professeurs d’arts plastiques connaissaient le nom », se met à la photographie, « pour gagner un peu d’argent ». L’église, les mariages, les baptêmes et les spectacles sont autant d’occasions de prendre des clichés et de les revendre. Après la 3ème, il est affecté au conservatoire régional des Arts et métiers de sa région. Brillant en sculpture, il s’est principalement destiné à la peinture, dont il apprécie le relief, qui lui rappelle « le modelage, à l’origine de la création de l’homme ».

Elevé à la dure par la femme de son grand frère, qui lui ordonne d’exécuter des corvées de toutes sortes, il ressent une empathie particulière pour les enfants et développe vis à vis d’eux un instinct protecteur. Très à l’aise en leur compagnie, Il fait de l’atelier un moment qu’il qualifie de « joie et de divertissement », les encourageant à révéler leur créativité.

Souleymane Sawadogo, 12 ans, élève de CM1 dans l’une des 12 écoles du groupe scolaire de Treichville, va profiter de cette aubaine. Dès les premiers jours de visites de MuMo, nous le voyons de temps en temps roder près de la salle qui a été investie pour l’atelier de peinture. Sophie se souvient de cet après-midi, où, venant trouver Emmanuel, elle surprend le garçon, seul dans la classe, portes fermées, en train de peindre sur son cahier avec les restes d’acrylique des séances du matin. Souleymane a commencé la peinture en cachette, « environ une semaine avant l’arrivée du MuMo », confesse-t-il. Un de ses oncles est peintre, mais il n’est pas sûr que ses parents voient d’un bon œil ses penchants pour le dessin.

Souleymane après sa peinture en cachette

Touchés par cet enfant, dont il se dégage un mélange de fierté, d’élégance et de détermination qui contraste avec son apparente indigence, nous l’encourageons à revenir à l’atelier. Emmanuel le prend sous son aile. Il permet à son petit assistant de réaliser en parallèle ses productions et l’encourage à s’exprimer sur différents matériaux, à portée de main, comme ces morceaux d’écorce d’arbres, trouvés dans la cour.

Les travaux d'Emmanuel et Souleymane
Les travaux d’Emmanuel et Souleymane

Comment cette expérience s’inscrira-t-elle dans la destinée de Souleymane? Seuls le temps, et les circonstances, le diront. Mais Emmanuel atteint son objectif : « montrer aux plus jeunes que l’art et la pratique artistique peuvent être dignes d’intérêt. Que l’on peut aussi en faire un métier et peut-être même devenir « un ambassadeur de son pays, de sa culture. »

Un jeune artiste ?

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