19 Apr 2012

Premières visites hautes en couleur

Groupe scolaire régional, Treichville, Abidjan, Côte d’Ivoire – 18 avril 2012

MuMo au groupe scolaire régional de Treichville

Pendant l’installation de MuMo dans l’école, nous faisons connaissance avec les directeurs du groupe scolaire. Comme les enfants sont en vacances, ils seront les premiers à visiter MuMo. L’ensemble des réglages effectués, nous traversons la cour pour aller les chercher. Ils sont tous là, réunis dans le bureau de l’un des directeurs. Certains attendent sur un banc, plus excités que des gamins. A vives enjambées, nous faisons le chemin en sens inverse, en direction du lapin. La jovialité des enseignants est communicative.

A l’issue de ces visites, nous prenons le temps de discuter avec les directeurs. Ils ont été impressionnés par la structure même de MuMo. « Quand j’ai vu entrer ce container dans la cour, je croyais qu’il allait décharger le matériel qui allait servir de montage au musée. J’ai été surpris de le voir se transformer directement en musée ! Et de révéler ses œuvres d’art », confie l’un des directeurs. M. Goerges Kofi, un autre d’entre eux, salue l’initiative : « c’est une bonne expérience : les enfants ne sont jamais allés au musée, ils sont de Treichville, ils jouent dans la rue. Ils ne connaissent ni l’art contemporain, ni l’art moderne. L’art traditionnel pas davantage. »

Il n’y a que dans les villages que l’on peut voir des masques, sculptures statuettes. Ils représentent l’âme des ancètres, et sont adorés comme des dieux : « on les met dans un coin de la chambre, chaque soir on leur donne à manger, on leur prépare des plats… Si ces objets vivent parmi nous, ils ne font pas vraiment partie de notre quotidien. D’abord, on ne peut pas les toucher, ils sont sacrés. Chez vous, vous pouvez voir de l’art quand vous voulez, mais ici, les masques ne sortent que pendant les cérémonies, si un enfant veut en voir un, il attend… De fait ces objets sont recherchés, pas ordinaires. » N’est ce pas justement ce qui caractétise l’œuvre d’art ? Son caractère extraordinaire ? Ne prête-t-on pas, parfois, à la force des œuvres que nous admirons, quelque impulsion divine ? En Europe aussi, les grandes créations sont empreintes de sacralité. S’il existe des lieux ou elles sont exposées, la plupart du temps on ne peut pas, non plus, les toucher.

Qu’est ce que le musée peut apporter aux enfants ? « Cela va les transporter dans un monde de joie, les faire voyager. Cela va aussi leur permettre d’améliorer leurs relations avec leurs camarades. D’apprendre le partage, le dialogue. Le rendez-vous de l’art éduque. Vous avez vu le ballet qu’ils ont créé pour l’inauguration, on parle de l’amour, on veut la paix… Le fait de le prononcer, même, c’est commmencer à l’appliquer : éviter de se disputer avec les autres ».

Ce sont les jours qui suivent l’inauguration, avec le retour progressif des enfants de vacances, que les visites commencent à proprement parler. Nous avons hâte de faire connaissance avec les élèves. Ils nous suivent partout ou nous allons, leurs regards espiègles et curieux accompagnent chacun de nos déplacements. Notre impatience se teinte également de quelques appréhensions : quelles traces le conflit aura-t-il laissé dans leur imaginaire ? Si ce vécu transparait à travers certaines de leurs réactions, comme chez cette petite fille qui hésite à entrer parce qu’elle a « peur des animaux et de leur caractère brutal », ou cette autre qui commente, devant la sculpture du rhinocéros : « c’est un animal victime de la guerre, que l’on a capturé et découpé », ce qui nous frappe, c’est la joie, indicible, qui se lit sur les visages. Nous la recevons comme une énergie galvanisante, dont la puissance dépasse les mots. Un peu avides de leurs retours, nous leur demandons de nous dire ce qu’ils ont vu. La réponse « à chaud » est toujours la même. Les lèvres s’animent, mais aucun son n’en sort. Nous avons désormais appris à être patients, à laisser aux enfants le temps de digérer leur premier contact avec l’art.

Perdue dans la boule

2 ou 3 jours après leur première visite, 7 enfants, agés de 10 à 12 ans, viennent nous trouver, à proximité du camion. Maintenant, ils ont envie de parler. La sculpture de Ghada Amer, l’une des œuvres les plus discrètes du musée, celle que l’on découvre à la fin, après les vidéos, leur a procuré d’agréables sensations: « j’ai vu des fleurs, des gens qui s’embrassent, des cœurs qui se réunissent ». Les enfants ont également particulièrement apprécié la beauté des couleurs. Nous leur demandons ce qu’évoque pour eux la couleur, omniprésente en Afrique, paysage de contrastes, avec le rouge vibrant de la terre, le vert intense de la végétation, les fruits et les épices sur les étals des marchés, les motifs variés des pagnes dont on fait les tenues des femmes et les chemises des hommes. « Les couleurs servent à s’exprimer » disent-ils. Et à nous aider à mieux comprendre leur univers. « Le blanc est la couleur de la paix, de l’amour et de la joie, comme cette lumière au dessus du personnage sur le tableau de Chéri Samba. Le orange est la couleur de l’huile de palme, le bleu la couleur du ciel, le noir… celle des cheveux. » Personne n’évoque la couleur de la peau. « Ce musée me fait penser aux pagnes traditionnels Baoulés : un assemblage de tissus de couleurs différentes qui forment un tout. C’est un beau message de réconciliation », avait conclu un professeur.

les enfants racontent leur visite

Facebook Twitter Email

Leave a Reply